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Portrait de l’artiste masquée


Photographies couleurs 30×40 & 80×80

Qui ?

Tu te vois. Tu ne te vois plus. Tu te perds et te retrouves. 
Lorsque tu te perds, tu apparais peut-être davantage à l’autre. 
Quel autre ? Ou quelle autre ? Tu apparais et tu te mets en danger. 
Tu disparais et le risque est sans doute encore plus grand. 
Toi. Mais qui es-tu, toi ? Tout est brouillé.
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Qui n’es-tu pas ? Tu peux tout devenir ? Quelle est la menace ?
 Tu ne cesses de poser des questions. Se taire serait préférable, peut-être. Tu laisserais s’installer le silence. Le silence des miroirs.
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Tu ne te chercherais pas si tu ne t’étais pas déjà perdue. Tu ne te perdrais pas si tu ne t’étais pas tant cherchée. Tu penses parfois que c’est un bonheur de se perdre. Tu ne le penses pas toujours.
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Tu te fardes. Tu te masques. Ton masque est au plus près de ta chair. Ton masque est ta chair.
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Max Ernst a dit : « Un masque peut toujours en cacher un autre ». C’est peut-être ta peau elle même, avant tout maquillage, qui est le premier masque. Le premier ? Tu n’en es pas certaine.
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Tu offres ton visage à l’invasion de la couleur. Tu donnes à ton visage les chances de la couleur.
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Tu trembles. Tu respires. Tu vis. Tu te sens femme. Tu sais que tu es vivante. Toi. Qui ?

Gilbert Lascault
Texte publié chez Filigranes, 1997, coll. Résonances.