Sans autre couleur : rouge # 1
Les paysages diffèrent comme le temps, les pays diffèrent de notre univers, des rêves de paysages nous viennent, d’autres contrées nous appellent, des couleurs vives éclatent sous des ciels gris, des moments épars dans le temps, on se demande si cela existe, la nuit ou le jour, si on a rêvé ou si c’était vrai, en se réveillant, on se remémore les odeurs, des paysages enfouis dans le creux de vallées sombres et de prairies blafardes, entre le ciel et la terre, on se souvient avoir vu d’étranges animaux qui attendaient, dans une scène biblique, qui annonçaient quelque chose, presque démoniaque, néanmoins humain, dans la pénombre ou sous l’éclat de vieux lampions, dans des basses-cours glauques, dans des porcheries froides, recouvert par l’odeur âcre de la sueur, de l’urine et de la paille humide, on se demande si c’était là-bas ou ici, plutôt là-bas, à moins de l’avoir rêvé, tout paraissait pourtant si vrai, pourtant si réel bien qu’on ne sache plus vraiment, les images sont vaporeuses, lointaines comme délavée par la pluie, entre les mains terreuses des hommes, entres les mains gercées des femmes, sur des tables renversées, ou bien sur des étals maculés de sang, construits en métal ou en bois, rafistolés selon les endroits, dans de petites caves ou au milieu d’une cuisine, entre des murs de plâtre et de pierres, sans que personne ne puisse l’imaginer, les couleurs sont souvent gâtées et épaisses, dans les campagnes désertes, parmi les corps de fermes décatis, les images s’échinent à montrer et les mots à exprimer, quelque chose d’autre, sorti du sommeil comme une faim, un désir, sentir couler sur la peau une chaleur surgie de nulle part, qui refléterait tous les paysages, ceux qui diffèrent et ceux qui se ressemblent, qui retiendrait ces moments solitaires, ces pauses dans les journées monotones, une chaleur étrange, à la fois fraîche, rugueuse et saisissante, une chaleur chimérique, que l’on croirait encore rêver, une rubéfaction ardente sans autre couleur ni autre matière que celle d’une pureté égarée et à jamais retrouvée.
Caroline Hoctan