Désordre(s), Oliver Rohe, 5'57"
Décembre 2009, Berlin

Je vous invite à lire également l'entretien et les inédits d'Oliver Rohe publiés sur le site D-Fiction

(...) Peut-être avait-il déjà pressenti que la vie qu'il s'était efforcé de se construire jusque-là pourrait s'effondrer du jour au lendemain, à la faveur d'une catastrophe sourde et magistrale, et qui arriverait sur lui en quelque sorte par derrière, dans un angle mort, sans préludes ni coups de semonce. Peut-être s'était-il aussi figuré que cet effondrement ne serait en aucun cas l'aboutissement, le couronnement logique et inéluctable d'une érosion qu'il aurait lui-même provoquée, par sa conduite fautive et par sa négligence coupable, dont il aurait du moins, à un moment ou un autre, ne serait-ce que constaté l'existence, la progression régulière, l'implacable prospérité. Peut-être qu'à l'enfance déjà, dans les ruelles poussiéreuses et empuanties de sa ville natale, il avait plus d'une fois associé l'âge adulte à de vagues quoique toujours terrifiantes images d'arrachement sauvage et de mutilation, de disparition, d'enfouissement humide. Peut-être n'avait-il au contraire rien vu venir. Peut-être qu'il ne s'était douté de rien du tout et qu'il avait mené sa vie tranquillement, sans appréhensions particulières, sur ses deux oreilles. Peut-être même qu'il n'avait jamais souffert d'aucune espèce de vision effroyable et qu'il ne croyait absolument pas à toutes ces histoires de funestes pressentiments et de sombres prémonitions.(...)

Oliver Rohe